jueves, 15 de diciembre de 2011

L'Espagne aux journaux français

Un village en Espagne endetté sur cinq cents ans

 Par FRANÇOIS MUSSEAU MADRID, de notre correspondant 

Le nom de la bourgade, Peleas, a des résonances grecques. Pas seulement sur le plan phonétique : la dette par habitant s’élève à 18 000 euros environ, un montant voisin de celui des Hellènes. Les 260 habitants de ce village de la province de Zamora (nord-ouest du pays) doivent 4,6 millions d’euros à leurs banques et à des dizaines de fournisseurs. Bienvenue dans la municipalité la plus endettée d’Espagne, pays où l’Etat peine à réduire son déficit public (7%), où les régions financent tant bien que mal la santé et l’éducation, et où les mairies sont asphyxiées - au point que certaines municipalités, telle Albacete (Castille-la-Manche), doivent couper de temps en temps l’éclairage public. Mais cette bourgade de Castille-Leon affronte un avenir bien plus noir encore : d’après les calculs de son maire, il faudrait cinq cents ans pour que les habitants remboursent l’ardoise. Soit pas avant le XXVIe siècle.
Niché dans une faille du plateau castillan, Peleas de Abajo (littéralement «batailles d’en bas») touche le fond. Les caisses sont vides, et il n’y a plus moyen d’honorer les crédits, car presque tout le patrimoine du lieu a été dépecé : propriétés, forêt et terrains municipaux ont été vendus pour éponger une partie du trou financier. En arrivant au pouvoir en mai, le nouveau maire a même dû renoncer à son salaire (de 20 000 euros).
En tout et pour tout, il ne reste à la commune que le modeste édifice de la mairie, un seul employé et la maison de retraite, Virgen del Carmen, qui constitue l’ultime espoir. Récemment, une poignée d’habitants ont lancé un vibrant SOS en forme de spot promotionnel : «Notre résidence pour personnes âgées est de qualité. Sur les 120 places, seules 29 sont occupées. Venez et remplissez les chambres vacantes ! Notre avenir est en jeu !» Les malheurs de Peleas ne sont pas seulement l’effet de la crise économique et financière qui s’est abattue sur l’Espagne. Ils sont aussi liés à l’incurie d’un pouvoir népotique. Entre 1979 et 2003, la bourgade a été régie de façon opaque et clientéliste par une certaine Josefa Rodriguez, puis par son fils Marcelo. En mai, le nouvel élu a découvert, stupéfait, l’invraisemblable dette. Lors d’un récent referendum municipal visant à débaptiser la rue principale nommée «Josefa-Rodriguez» au profit de «Valparaíso» («vallée-paradis»), tout le monde a voté pour. Sauf deux voix. Celles de Josefa et de son fils, probablement.

Libération

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